Guillaume Bougie Riopel : Le temps d’un rendez-vous

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J’ai connu Guillaume Bougie Riopel à travers Instagram il y a quelque temps déjà. Je ne me souviens plus trop si c’était son compte personnel ou celui de ses collages en premier lieu, mais j’ai tout de suite été intrigué par son travail, son talent et sa personne. Quand j’ai commencé à créer mon blogue, et plus précisément ma catégorie Portraits, je me suis fait une courte liste de personnes que je voulais mettre de l’avant et Guillaume en faisait partie. Bonne découverte, si vous ne le connaissez pas déjà!

Guillaume Bougie Riopel
Guillaume Bougie Riopel
Photo : Alexandre Rochette

Parle-moi un peu de toi :

« Guillaume Bougie Riopel, 28 ans bientôt 29… Qu’est-ce que je fais? J’ai étudié en communication à l’UQAM, je ne savais pas quoi faire, donc les communications, c’est comme la branche qui peut t’ouvrir toutes les portes après. Finalement je me suis dirigé au niveau des arts de la scène, j’ai fait mon stage dans un festival qui s’appelait le ZH Festival, qui est devenu le SAS Laboratoire de création. De là, j’ai cheminé après jusqu’à l’Usine C en tant que gestionnaire de communauté et assistant en communication. Et je fais des collages, on the side haha… »

Une cause qui te tient à cœur :

« Disons qu’en ce moment, surtout dans le quartier où j’habite (Hochelaga-Maisonneuve), je vois beaucoup d’appartements qui sont à des prix exorbitants. Moi j’ai la chance d’avoir un appartement où j’habite depuis longtemps et où le prix du loyer est quand même raisonnable, ce qui me permet de faire autre chose aussi.

Du genre que je ne me lève pas le matin en me demandant comment je vais faire pour payer mon loyer et ça me permet ainsi d’être plus dans la création. Si tout le monde pouvait avoir ce luxe-là de payer son loyer, mais d’avoir un espace mental libre de stress relié aux paiements mensuels, ce serait génial. »

Ce qui te met hors de toi :

« En ce moment, par rapport à la culture au Québec, j’ai l’impression qu’on voit la culture comme un truc pas très important. J’ai souvent entendu le premier ministre du Québec dire “Ahhh, ma femme m’a sorti au théâtre”, dans le sens que le théâtre c’est plate. Je trouve que cette étiquette-là de dire que le théâtre et les arts vivants sont plates, c’est des gens qui finalement n’ont pas la curiosité ou l’ouverture de juste aller voir. Je trouve que quand un premier ministre partage cette idée-là, ça met l’emphase sur cette étiquette-là.

C’est tellement important de préserver ce que l’on a, malgré que l’on a des acquis au Québec, c’est tout de même très fragile comme écosystème aussi. […] C’est de pouvoir vraiment décrocher en allant voir du théâtre en direct, ça change de notre semaine à écouter juste des séries. »

Guillaume Bougie Riopel
Guillaume Bougie Riopel
Photo : Alexandre Rochette
Guillaume Bougie Riopel
Guillaume Bougie Riopel
Photo : Alexandre Rochette

Parle-moi de l’importance du patrimoine bâti pour toi : 

« Je suis dans un groupe qui s’appelle le Patrimoine moderne du Québec et souvent les décennies 50-60-70 en architecture, ce n’est pas considéré assez vieux pour être “intéressant”. J’ai appris ce matin dans un article qu’on veut construire une tour au-dessus du La Baie au centre-ville. Ils veulent conserver la partie plus vieille, historique, mais ils veulent détruire la partie ajoutée en 1964 qui est de style brutaliste. Je comprends que pour l’œil, cette partie-là semble moins valoir que celle-ci, mais non en fait.

En vivant dans Hochelaga-Maisonneuve je me trouve chanceux de côtoyer des bâtiments comme le Bain Morgan, la Bibliothèque Maisonneuve et le Marché Maisonneuve. Juste pour le visuel : quand tu te promènes, tu vois des trucs qui sont majestueux. Ça m’a éveillé au fait que l’on peut faire des constructions intéressantes, pas juste des boîtes en carton mal insonorisées. Il n’y a pas juste du beige dans la vie. »

Est-ce que tu t’impliques dans ta communauté? : 

« Pas assez à mon goût, je tends à le faire, mais on dirait que je suis plus du genre fâché et j’écoute. J’ai déjà manifesté et, dans mes choix personnels en général, ça correspond à mes valeurs. J’essaie de faire attention à l’environnement et tout, mais on dirait qu’en ce moment, je suis davantage en mode écoute. J’aimerais ça m’impliquer plus sur le terrain, mais je ne sais pas trop par où commencer. J’ai pas le goût d’être maladroit et dire que j’ai la solution. C’est rare que je partage mes opinions, mais je trouve ça tellement important de laisser la parole à des gens que l’on entend pas souvent. »

Ton plus beau voyage au Québec :

« Mon dieu, j’avoue que j’ai plus de souvenirs de quand on allait au chalet, c’était la maison de mes grands-parents à Sainte-Émélie-de-l’Énergie dans la région de Lanaudière, près de Saint-Jean-de-Matha. C’était vraiment mon coin de nature. Il y avait un camping et un lac artificiel rempli de têtards et on jouait avec mes sœurs à se les mettre dans le costume de bain, c’était notre sport préféré. En tant que Montréalais, je sors pas assez souvent de la ville à mon goût. »

Plus jeune, aimais-tu l’école? :

« Je pense que c’est l’école qui m’aimait. J’étais curieux et j’apprenais vite, mais je pense que ce genre d’élève qui est au-dessus de la moyenne, mais qui n’est pas non plus premier de classe. Je me suis faufilé durant tout le primaire et au secondaire. Je n’attirais pas l’attention. J’aimais beaucoup les cours d’histoire, mais les cours de math, je tripais pas. »

Guillaume Bougie Riopel
Guillaume Bougie Riopel
Photo : Alexandre Rochette
Guillaume Bougie Riopel
Guillaume Bougie Riopel
Photo : Alexandre Rochette

Ta relation avec le temps :

« Ohhh grosse question, je pense que j’aime l’idée de début et de fin et j’aime le fait de vieillir. L’âge t’apporte une certaine liberté. J’envie les personnes âgées, que parfois je croise et qui lancent des compliments, ou qui sont habillées un peu de façon incongrue. Chaque fois je me dis “Ça fonctionne pour ces gens-là”. Mais dans le fond, peut-être que moi aussi je pourrais lancer des compliments, mais j’ai l’impression qu’un gars de 28 ans qui dit à quelqu’un “J’adore ton foulard” et qui passe son chemin, tu fais comme “Euh OK?”, mais quand c’est une personne âgée, tu fais “Awwww”. J’ai juste hâte d’être vieux pour pouvoir complimenter les gens et leur dire bonjour. En même temps, parfois c’est tellement long de se rendre à l’endroit où l’on veut être, mais il faut profiter du moment présent. »

Ta plus grande réussite personnelle :

« Je suis quand même quelqu’un de stressé, je réfléchis beaucoup à ce que je dis et ce que je fais en me disant toujours “Ça va être perçu comme ça par les autres”. Mais je suis fier de moi parce que je dis plus souvent oui ces temps-ci à des projets que j’aurais sans doute déclinés avant, même si ça m’avait intéressé, parce que ça m’aurait apporté du stress. Mais à un moment donné, il faut vivre, il faut sortir de sa zone de confort. »

Ta plus grande réussite professionnelle :

« Quand je travaillais au ZH Festival, j’avais proposé un visuel pour la 10e édition à ma directrice, finalement elle l’aimait vraiment beaucoup et l’a accepté. Pour moi, de voir mes collages sur les palissades extérieures affichées en gros formats, pendant 2 éditions, j’ai pogné de quoi. Parce qu’au début, on a toujours le syndrome de l’imposteur en se disant que l’on fait ça pour le plaisir, mais maintenant je commence à réaliser que les gens voient mes collages. Je suis fier de moi aussi parce que je me suis donné un coup de pied au cul pour créer en avril 2020 ma page BadetBougie. »

Qui est ta plus grande source d’inspiration, et pourquoi? :

« Mes parents, parce que je sais qu’ils ont travaillé extrêmement fort pour que je puisse être où je suis en ce moment dans la vie. Mon père, c’est vraiment l’amour de la culture, il m’a ouvert les yeux. Avant 2012, mon père pensait que j’étais un peu amorphe, mais quand il y a eu la crise étudiante, je pense qu’il était content que je m’implique. Ma mère est tellement drôle, mais elle dit qu’elle n’est pas drôle, mais je la trouve hilarante. Ma mère se fout tellement de ce que les gens peuvent penser. Elle m’inspire à moins réfléchir à ce que le voisin pense et à avancer. J’ai eu un beau combo d’éducation. Avec mon père c’était plus “carré” et avec ma mère c’était foufou. Je les aime d’amour! »

Guillaume Bougie Riopel
Guillaume Bougie Riopel
Photo : Alexandre Rochette

Parle-moi de tes collages :

« Une des premières raisons pourquoi je fais du collage, c’est que j’accumule beaucoup beaucoup beaucoup de stock. Maintenant je me dis que j’ai une raison, que c’est pour le travail. J’adore les vieux magazines, tout ce qui est d’archives. J’ai l’impression, avec les collages, de préserver des objets, de leur donner une nouvelle vie, de m’assurer que ce magazine-là, même s’il est en mauvais état, est utilisé pour autre chose. L’objet perdure encore plus dans le temps. Je travaille surtout avec des magazines des années 50-60, donc c’est l’fun de détourner un peu les publicités de l’époque. De prendre des éléments et de faire autre chose. Une des raisons pour laquelle je ne fais pas des collages avec une paire de ciseaux et un tube de colle, c’est que j’aime trop l’objet et je veux le conserver. »

« J’ai l’impression, avec les collages, de préserver des objets, de leur donner une nouvelle vie. »

Ton repas préféré :

« Mon père cuisine très bien et fait les meilleurs Bloody Caeser. C’est pas un repas, mais c’est un drink bourratif, parce qu’il met une brochette de cubes de fromage, de marinades et de cornichons. J’ai l’impression de manger une collation quand je prends ce cocktail-là. Ça m’arrive souvent de le prendre sans alcool parce que j’aime beaucoup le goût du Clamato, ahhh pis le sel de céleri, miam. »

Le métier que tu voulais faire quand tu étais petit :

« Je voulais être architecte. Mon père m’avait fait visiter une firme d’architecture quand j’étais petit et j’étais fasciné par les maquettes et, aujourd’hui encore, ça m’impressionne. Mais dans le fond, je voulais juste construire des maquettes. J’étais allé au Musée de Pointe-à-Caillière quand j’étais jeune et je tripais sur les maquettes historiques de Montréal avec les bâtiments, les arbres et les membres des Premières Nations. »

Guillaume Bougie Riopel
Guillaume Bougie Riopel
Photo : Alexandre Rochette
Guillaume Bougie Riopel
Guillaume Bougie Riopel
Photo : Alexandre Rochette

Sucré ou salé :

« Sucré? Salé? J’allais répondre Guy Jodoin haha. Salé, ouin les chips… »

Ta saison préférée :

« Le printemps »

Ton objet préféré :

« Mon tourne-disque pour pratiquer le twist avec Michèle Richard! »

Ton odeur préférée :

« L’odeur de mon quartier quand je reviens de voyage ou d’un séjour à l’extérieur de Montréal. Un rappel olfactif que je suis bien rentré à la maison. »

Ton artiste visuel préféré :

« Celia Perrin Sidarous. Un coup de cœur inattendu lors d’une visite au Musée McCord, mais une petite mention pour Dimitris Papaionnou. J’ai été complètement renversé par sa création The Great Tamer à l’Usine C. »

Guillaume Bougie Riopel
Guillaume Bougie Riopel
Photo : Alexandre Rochette
Guillaume Bougie Riopel
Guillaume Bougie Riopel
Photo : Alexandre Rochette
Guillaume Bougie Riopel
Guillaume Bougie Riopel
Photo : Alexandre Rochette

Ton film préféré :

« Je vais choisir les deux films qui ont inspiré mes tatouages : Romy et Michele et Les Pierrafeu, deux classiques haha! »

Ta marque québécoise de vêtements préférée :

« École de pensée »

Ta fête préférée :

« Noël, mais pour tout. La musique de Noël, honnêtement on peut l’écouter 12 mois par année, on se mentira pas! Moi j’adore écouter l’album de Michael Bublé au mois d’août. Tu peux juste aller mieux en écoutant de la musique de Noël, ça te ramène à un moment, enfant, où tu n’avais pas de soucis. »

La toune que tu as dans la tête présentement :

« Le happening de Les Milady’s! »

Pour vous procurer ses collages et voir son magnifique travail, c’est sur BadetBougie, sinon voici l’Instagram personnel de Guillaume ici. 

Révision linguistique : Gabrielle Bernier

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